Humanités spatiales

26 mar 2015

 

« Espace ». Le terme est polysémique, générateur d’un certain flou, peut-être même propice aux malentendus. L’ambiguïté pourtant est intéressante : difficulté à affronter plus qu’à esquiver, elle oblige à préciser des définitions, mais aussi à préciser à qui correspondent ces définitions ; elle est aussi, grâce au potentiel de malentendu qu’elle porte, à même de susciter des frottements constructifs, de révéler autre chose que des évidences.

Restreignons toutefois, le champ d’exploration de ce carnet à l’espace cosmique (ou extra-atmosphérique). Davantage donc que « du » spatial (un secteur hautement techno-scientifique), c’est bien de l’espace et de ses acceptions, potentiellement multiples, qu’il s’agit ici et, surtout, de ceux qui les construisent, les manipulent, se les approprient. Pour cela, le terrain est ouvert aux humanités, c’est-à-dire, aux chercheurs en sciences humaines et sociales qui, ponctuellement ou régulièrement, s’intéressent, dans leurs travaux, aux activités spatiales et, plus largement, à l’espace. En effet, si les scientifiques et les ingénieurs s’intéressant à l’espace, à la possibilité d’y accéder, de s’y déplacer, voire d’y vivre figurent parmi ceux qui proposent des conceptualisations de l’espace, qui contribuent à façonner une culture collective de ce qu’est l’espace, ils ne sont pas les seuls : d’autres s’en chargent aussi, parfois en réaction ou en complément, parfois en autonomie.

Le sujet est donc vaste, le propos résolument exploratoire, et nécessitant le croisement de regards, d’approches, de cadres conceptuels pour aider à mieux saisir ce que l’humanité dans l’espace est, la manière dont les humaine s’y conçoivent, y vivent, développent des cultures spatiales multiples, relevant de registres différents. L’ambition centrale de ce carnet est de permettre, par le biais d’une écriture collective et collaborative, l’analyse de la manière dont l’espace est et a été appréhendé par différents groupes ou sociétés. Il s’agit de rendre compte des façons diverses et multiples dont acteurs du secteur spatial, scientifiques, ingénieurs, mais aussi politiques, journalistes, artistes, écrivains ou individus ordinaires envisagent l’espace : qu’ils s’y réfèrent ou s’en servent comme d’une source d’inspiration, s’y investissent ou se passionnent pour l’aventure spatiale, s’en font les défenseurs ou les prophètes ou au contraire s’y opposent, tous contribuent à construire des représentations de ce qu’est l’espace. Loin de former un bloc homogène, stable dans le temps ou dans différents contextes nationaux, ces représentations constituent des manières d’envisager l’espace qui peuvent aller les unes à l’encontre des autres, s’opposer ou s’hybrider. C’est à la promotion de l’analyse, par les disciplines des sciences humaines et sociales, de ces diverses « cultures spatiales » que le carnet de recherches souhaite contribuer.

Catherine Radtka