La fusée entre guerre et paix

04 nov 2016

La fusée entre guerre et paix : au détour de quelques pérégrinations

Mots-clés : France ; États-Unis ; vulgarisation scientifique ; art ; années 1950-1960

Poursuivant mes analyses de l’objet fusée, je cherche à préciser les usages et significations culturelles qui lui sont attachés, en particulier dans les années 1950-1960. Ayant récemment fait ré-émerger des apparitions de la fusée sur cette période, l’actualité culturelle donne l’occasion de noter quelques usages qui pour être tous liés à l’exploration spatiale n’en sont pas moins divers. De promoteurs du voyage dans l’espace à des partis politiques, en passant par des artistes, les différents acteurs qui se saisissent de la fusée contribuent à constituer la gamme des significations et connotations de l’objet.

Comme je le notais dans un billet précédent, la décennie 1950 est celle au cours de laquelle se noue la relation intime entre fusée et espace, déjà en gestation dans l’entre-deux-guerres. Cette évolution des sens se perçoit notamment dans l’histoire du mot fusée qui, comme le note Alain Rey, passe d’un domaine d’abord rural et quotidien (la fusée de la fileuse) pour rejoindre la pyrotechnie dès le XVIe siècle, puis devenir symbole de la conquête spatiale au milieu du XXe siècle, avant d’évoquer, dans un mouvement qui oblitère les aspects militaires, « la curiosité insatiable de l’espèce humaine » .

Dans les décennies qui suivent la Seconde Guerre mondiale, la fusée ne peut toutefois être appréhendée de manière pacifique sans quelque difficulté. Les souvenirs des V2, tombés sur Londres ou la banlieue parisienne, sont bien trop présents dans les mémoires et, en France, les défenseurs de l’astronautique ont à cœur de mettre leur idéal à distance du récent passé meurtrier de la fusée. Ainsi, Alexandre Ananoff (1910-1992), amateur passionné par l’idée du voyage interplanétaire poursuivant ses activités de promotion de l’astronautique débutées à la fin des années 1920, écrit-il dans L’Aérophile en septembre 1945  :

« Si nous sommes amenés, aujourd’hui, à parler d’Astronautique, c’est que l’apparition dans les ciels de guerre d’engins du type V-2 a replacé la question à l’ordre du jour […].

Mais hâtons-nous de dire que si l’usage d’un tel moteur s’est étendu aux besoins meurtriers, les astronautes n’y sont pour rien : ils n’ont jamais visé qu’un but pacifique et s’ils savaient, il y a trente ans, que la fusée seule pouvait leur prêter une aide efficace, ils n’étaient pas non plus sans ignorer que cette même fusée pouvait servir avec profit les deux causes en constante opposition : celle de la Paix tout comme celle de la Guerre.

[…]

Qu’on n’accuse surtout pas les astronautes d’avoir contribué à rendre la guerre plus meurtrière, car s’ils ont toujours désiré le triomphe du moteur à réaction, ce n’est, en tout cas, pas à la faveur d’un conflit.

A présent, ce triomphe est acquis, mais au prix de quels sacrifices ! »

Et d’ajouter :

« Si nous croyons indispensable d’insister sur ce point, c’est que pour bon nombre de personnes, l’Astronautique n’a été créée de toutes pièces que pour la poursuite secrète des recherches pour la guerre. »

Le problème ne découle pas seulement de l’héritage de la guerre ; il est aussi lié à la situation contemporaine puisque ce sont souvent les militaires qui sont moteurs dans les « affaires de fusées ». De fait, en Europe, la méfiance à l’égard des fusées apparaît structurelle dans la communauté scientifique. Elle s’affirme par exemple en France à l’encontre des analyses de Henri Moureux (1899-1978) , ou dans les années 1950 à l’égard des travaux d’Étienne Vassy (1910-1966) . Plus tard, au niveau européen, elle explique pour partie la création de deux organisations européennes distinctes pour développer, d’une part, des recherches scientifiques dans l’espace indépendamment des militaires via l’ESRO (European Space Research Organisation) et, d’autre part, élaborer un lanceur européen via l’ELDO (European Launcher Development Organisation) .

Méfiance et héritages directs de la Seconde Guerre mondiale n’empêchent toutefois pas une conception pacifique d’être diffusée par les médias . Ainsi, au milieu des années 1950, retrouve-t-on Alexandre Ananoff, que l’émission de mémoire radiophonique Les Nuits de France Culture a remis à l’écoute à l’occasion de l’exposition que la Réunion des musées nationaux et le Grand Palais consacrent en ce moment, en collaboration avec le Musée Hergé, au créateur de Tintin.

Milieu des années 1950 : vision pacifique d’un voyage dans la Lune

La fusée lunaire de Tintin qui apparaît dans le journal éponyme dès 1950 est directement inspirée du V2, l’engin développé notamment par Wernher von Braun étant à l’origine aussi de réalisations réelles que fictives . Sa représentation et, en particulier, l’aménagement de la cabine de pilotage doivent beaucoup à la lecture par Georges Rémi (Hergé) de L’Astronautique d’Alexandre Ananoff (Fayard, 1950), et aux échanges entre les deux hommes.

Si dans ces années, Ananoff n’était pas le seul auteur publiant en France sur l’astronautique et les voyages interplanétaires, il était certainement alors l’un des plus actifs. Amateur passionné, autodidacte, il entretenait des correspondances suivies avec de nombreux savants et inventeurs intéressés par les mêmes sujets, en France et à l’étranger. Il cherchait à tisser des relations entre les uns et les autres, à organiser le milieu astronautique et s’employait à diffuser sa vision de l’astronautique par des conférences et des publications. Il contribuait ainsi notamment à plusieurs magazines spécialisés, comme L’Aérophile ou Les Ailes, et tenta de créer une revue dédiée qui ne paraîtra que pour quelques numéros — l’éphémère Astronef. Il était également sollicité régulièrement par des journalistes et c’est un entretien radiodiffusé le 5 août 1956 que France Culture invitait à (re)découvrir dans la nuit du 12 au 13 octobre dernier.

Un peu plus d’un an avant le lancement du Spoutnik, c’était le satellite naturel de la Terre, la Lune, qui intéressait particulièrement Ananoff. Dans l’émission Les chemins du jour, Luc Bérimont invitait l’amateur à présenter l’idée du voyage dans la Lune et les possibilités techniques du moment, pour atteindre l’astre par des « moyens mécaniques ». La fusée faisait alors son apparition comme la réponse aux problèmes posés par le voyage que listait Ananoff : partir d’une façon graduelle « en tenant compte de la présence de l’être humain », maîtriser l’engin en l’absence d’air dans l’espace, et pouvoir freiner l’allure pour revenir sur Terre. Si Ananoff mettait en avant l’intérêt scientifique d’un tel voyage et envisageait même une exploitation commerciale future (en pointant au passage des commercialisations réelles bien que sans fondement de terrains astraux), il passait sous silence les aspects militaires de la fusée, ses liens avec le passé du V2 et le développement contemporain des missiles et autres projectiles nucléaires. Aujourd’hui, l’entretien constitue un jalon dans l’élaboration de l’imaginaire de la fusée et de l’exploration spatiale où se répondent les références poétiques, littéraires et religieuses, et les avancements d’une technique et d’une science pacifique. L’anticipation de Jules Verne, l’approche scientifique de Tsiolkovski, les rêves d’exploration de l’humanité qui marquent souvent la présentation du développement du spatial sont tous ici déjà présents et les articulations bien rodées.

Escale américaine : des fusées critiques en 1959

L’exposition Beat Generation organisée du 22 juin au 3 octobre dernier au Centre Pompidou permettait, quant à elle, de découvrir un usage plus rare de la fusée à la fin des années 1950. Usage artistique, détourné, critique qu’il faudrait peut-être inscrire dans la lignée des caricatures, la fusée et son décollage servaient à Stan VanDerBeek (1927-1984) pour dénoncer collusion et mélange de genres entre politique, religion, science et armée à travers l’œuvre Science Friction.

Film 16 mm en couleur, sonore, d’une dizaine de minutes, réalisé à New York, Science Friction fait décoller des fusées, mais aussi des personnages connus et bâtiments symboliques (l’Empire State Building, le Capitole, le Washington Monument, la Tour Eiffel ou le Kremlin) et quelques objets triviaux. Il critique la « course à l’espace » (les mots « space race » apparaissent dans le film) et résonne, plus généralement, avec les œuvres exposées qui « rejet[tent] le scientisme et les idéaux technologiques occidentaux » .

Un extrait :

De fait, cette exposition rappelait une ambiance particulière aux États-Unis, permettant de saisir des différences essentielles avec la situation française de la même période. Outre-Atlantique, l’ère nucléaire s’imposait comme une menace. Si l’usage civil de la technologie nucléaire y était mis en exergue (notamment au travers du programme « Atoms for Peace »), il n’en demeurait pas moins que la guerre nucléaire constituait une préoccupation très forte et un thème particulièrement déployé par les médias. Dans la population, beaucoup manifestaient leur désapprobation, d’autres « embrassaient » la bombe.

Ainsi de Gregory Corso, dont le poème Bomb publiée par la librairie City Lights de San Francisco était également présenté au centre Pompidou pour montrer la manière dont ce poète prenait acte de la réalité de la bombe (et de la mort) dans une œuvre provocatrice, volontairement ambigüe et qui fut perçue – à tort – comme une apologie en faveur de l’atome.

Mais ainsi aussi, finalement, des promoteurs de l’aventure spatiale et du vol habité. Comme le montre Howard McCurdy dans son étude de la culture populaire américaine, les plus ardents défenseurs du voyage cosmique embrassèrent la menace nucléaire et la Guerre froide pour mieux promouvoir leur vision de l’exploration spatiale . Face à une approche relativement modeste, basée sur la mise en orbite de satellites et l’usage de robots, prônée et mise en œuvre par le président Eisenhower et son administration, les promoteurs du vol habité comme Wernher von Braun auxquels des magazines comme Collier’s ou Life avaient offert une tribune nationale n’hésitaient pas à jouer sur les peurs du public pour ancrer l’idée selon laquelle la maîtrise de l’espace assurait la maîtrise de la Terre . Pour eux finalement, la mise en orbite du Spoutnik et le battage médiatique qui s’ensuivit furent une aubaine, car ils rendirent une position plus nuancée comme celle d’Einsenhower intenable publiquement. Dans ce contexte, la fusée ne pouvait être vue comme pacifique : si son passé lié au régime nazi n’était pas évoqué, son présent et son avenir étaient en revanche explicitement et volontairement liés à une problématique de suprématie militaire.

Un regard américain pointé sur la France : un arrêt sur image de 1961 et quelques guerres à l’arrière-plan

L’exposition Beat Generation nous permet de revenir en France en suivant les artistes qui séjournaient à Paris entre 1958 et 1963. Si Allen Ginsberg, William Burroughs, Brion Gysin, Gregory Corso et quelques autres semblaient vivre relativement en autarcie en France pendant cette période, poursuivant un travail surtout en prise avec la société américaine, une photographie de William Burroughs de 1961 nous donne une idée d’un mur parisien de l’époque.

W.S. Burroughs, Paris Wall, 1961.

W.S. Burroughs, Paris Wall, 1961.

Ce mur saturé d’affiches éditées par le Parti communiste français donne une vision orientée des enjeux de la période, mais où l’on retrouve d’abord l’écho de la guerre d’Algérie qui constituait, selon Michel Winock, « la grande affaire politique des débuts de la Ve République »  . Plus spécifiquement, 1961 était aussi, pour le Parti communiste français, l’occasion de fêter le « 44e anniversaire de la révolution socialiste d’Octobre ». C’est sur l’une des quatre affiches éditées à cette occasion et célébrant respectivement le Bonheur, le Progrès, la Liberté et la Paix, que l’on trouve la dernière occurrence de fusée que j’évoquerai dans le présent billet.

PCF, "Vive le 44e anniversaire de la révolution socialiste d'Octobre", octobre 1961, feuille non massicotée comportant les 4 affiches 89FI/250 à 253 du fonds PCF des archives départementales de Seine-Saint-Denis.

PCF, « Vive le 44e anniversaire de la révolution socialiste d’Octobre », octobre 1961. Archives départementales de Seine-Saint-Denis.

Symbole du progrès porté par l’Union soviétique, cette fusée n’est évidemment ni a-politique ni totalement pacifique comme la fusée lunaire d’Ananoff. Elle n’en demeure pas moins le véhicule d’une vision positive (et pour cause !) portée par un PCF encore puissant bien qu’ayant commencé son déclin. Cette vision peut être facilement lissée, pour peu que l’on efface la faucille et le marteau pour déployer uniquement un discours sur le progrès et l’internationalisme de l’exploration spatiale et de la science. Façon de gommer un passé et un présent pour faire émerger le symbole pointé par Alain Rey et que nous rappelions au début de ce texte : une fusée pour évoquer un mythe, « la curiosité insatiable de l’espèce humaine ».

Catherine Radtka

 


1 A. Rey, « fusées », in G. Azoulay et D. Pestre (dir.), C’est l’espace ! 101 savoirs, histoires et curiosités, Paris : Gallimard, 2011, p. 156.
2 Il existe une biographie d’Alexandre Ananoff basée en grande partie sur ses écrits (correspondance et publications), P.-F. Mouriaux, P. Varnoteaux, Alexandre Ananoff, l’Astronaute méconnu, Vendres : Ed2A, 2013.
3 A. Ananoff, « Plaidoyer pour l’Astronautique », L’Aérophile, septembre 1945, pp. 16-17.
4 Chimiste, directeur du laboratoire de la ville de Paris pendant la Seconde Guerre mondiale, Henri Moureux est chargé d’enquêté sur les armes spéciales allemandes après la chute de V2 sur la banlieue parisienne en septembre 1944. En 1946 et 1947 il publie des rapports visant à convaincre les autorités militaires de l’importance du développement de missiles balistiques stratégiques et de la maîtrise de la technologie du V2. Voir P. Varnoteaux, L’aventure spatiale française. De 1945 à la naissance d’Ariane, Paris : nouveau monde éditions, 2015, p. 28 et 42.
5 Physicien de la haute-atmosphère, Étienne Vassy est en 1954 le premier scientifique français à utiliser une fusée-sonde pour ses travaux. Il est alors membre du CASDN (Comité d’Action scientifique de la Défense nationale), mais apparaît isolé, voire marginalisé, au sein de la communauté scientifique française. Ibid., p. 96.
6 J. Krige, A. Russo, A History of the European Space Agency. 1958-1987, vol. 1, The story of ESRO and ELDO, 1958-1973, ESA, SP-1235, April 2000, p. 13 et suivantes.
7 Il ne s’agit bien sûr pas d’une conception exclusive puisqu’un certain nombre de supports, notamment les magazines spécialisés de l’aéronautique, publient des articles consacrés à l’intérêt des fusées, engins et missiles (les termes pouvant devenir interchangeables parfois) pour l’armement.
8 Pour une présentation synthétique des « descendants » du V2, voir Y. Le Maner, « Filiation », in G. Azoulay et D. Pestre, C’est l’espace !, op. cit., pp. 147-150.
9 Je remercie Muriel Leroux qui m’a signalé cette exposition et son intérêt direct pour ma recherche.
10 Dépliant de l’exposition Beat Generation, 22 juin-3 octobre 2016, Centre Pompidou, Paris.
11 H. McCurdy, Space and the American Imagination, Baltimore : The Johns Hopkins University Press, 2011 [2nd ed.], ch. 3.
12 Sur les illustrations signées notamment par C. Bonestel qui donnent chair aux visions présentées dans ces publications, voir E. de Smet, « Le paysage spatial : de l’Ecole de Barbizon aux Pulp magazines », ReS Futurae 5, 2015.
13 H. McCurdy, Space and the American Imagination, op.cit., notamment p. 73.
14 M. Winock, La France politique, xixe-xxe siècle, Paris : Seuil, 1999, p. 461.

A. Rey, « fusées », in G. Azoulay et D. Pestre (dir.), C’est l’espace ! 101 savoirs, histoires et curiosités, Paris : Gallimard, 2011, p. 156.
Il existe une biographie d’Alexandre Ananoff basée en grande partie sur ses écrits (correspondance et publications), P.-F. Mouriaux, P. Varnoteaux, Alexandre Ananoff, l’Astronaute méconnu, Vendres : Ed2A, 2013.
A. Ananoff, « Plaidoyer pour l’Astronautique », L’Aérophile, septembre 1945, pp. 16-17.
Chimiste, directeur du laboratoire de la ville de Paris pendant la Seconde Guerre mondiale, Henri Moureux est chargé d’enquêté sur les armes spéciales allemandes après la chute de V2 sur la banlieue parisienne en septembre 1944. En 1946 et 1947 il publie des rapports visant à convaincre les autorités militaires de l’importance du développement de missiles balistiques stratégiques et de la maîtrise de la technologie du V2. Voir P. Varnoteaux, L’aventure spatiale française. De 1945 à la naissance d’Ariane, Paris : nouveau monde éditions, 2015, p. 28 et 42.
Physicien de la haute-atmosphère, Étienne Vassy est en 1954 le premier scientifique français à utiliser une fusée-sonde pour ses travaux. Il est alors membre du CASDN (Comité d’Action scientifique de la Défense nationale), mais apparaît isolé, voire marginalisé, au sein de la communauté scientifique française. Ibid., p. 96.
J. Krige, A. Russo, A History of the European Space Agency. 1958-1987, vol. 1, The story of ESRO and ELDO, 1958-1973, ESA, SP-1235, April 2000, p. 13 et suivantes.
Il ne s’agit bien sûr pas d’une conception exclusive puisqu’un certain nombre de supports, notamment les magazines spécialisés de l’aéronautique, publient des articles consacrés à l’intérêt des fusées, engins et missiles (les termes pouvant devenir interchangeables parfois) pour l’armement.
Pour une présentation synthétique des « descendants » du V2, voir Y. Le Maner, « Filiation », in G. Azoulay et D. Pestre, C’est l’espace !, op. cit., pp. 147-150.
Je remercie Muriel Leroux qui m’a signalé cette exposition et son intérêt direct pour ma recherche.
Dépliant de l’exposition Beat Generation, 22 juin-3 octobre 2016, Centre Pompidou, Paris.
H. McCurdy, Space and the American Imagination, Baltimore : The Johns Hopkins University Press, 2011 [2nd ed.], ch. 3.
Sur les illustrations signées notamment par C. Bonestel qui donnent chair aux visions présentées dans ces publications, voir E. de Smet, « Le paysage spatial : de l’Ecole de Barbizon aux Pulp magazines », ReS Futurae 5, 2015.
H. McCurdy, Space and the American Imagination, op.cit., notamment p. 73.
M. Winock, La France politique, XIXe-XXe siècle, Paris : Seuil, 1999, p. 461.